Qui n’a pas fredonné un jour la chanson : « Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ?  C’est ce sacré Charlemagne ! Sacré Charlemagne! »  Alors dans l’esprit de nombreuses personnes : c’est Charlemagne « l’empereur à la barbe fleurie » qui a inventé l’école. En fait, l'école est aussi ancienne que l'écriture elle-même et personne ne peut revendiquer l'invention de l'école.

 Grâce à ce petit exposé découvrons l’évolution de l’enseignement primaire en France.

A l’époque gallo-romaine, la scolarité a été importée par Rome qui avait été influencée par les grecs. L’enseignement est réparti en trois niveaux successifs confiés chacun à des maîtres spécifiques. Dès l’âge de 7 ans, l’enfant entre à l’école primaire où, sous la férule du maître d’école (primus magister ou magister ludi litterarii), il acquiert les notions de base : lire, écrire, compter. Vers l’âge de 11 ou 12 ans, les élèves suivent l’enseignement secondaire dispensé par le grammairien (grammaticus). Il leur inculque les secrets des langues « latin et grec » par l’explication des auteurs classiques. Le dernier degré est abordé vers l’âge de 15 à 16 ans. Sous la direction du rhéteur (rhetor ou orator), l’étudiant apprend, entre autres disciplines, la maîtrise de l’art oratoire. Mais les campagnes n’ont pas d’école et la grande majorité de la population est analphabète et illettrée. N’accèdent à l’école, et principalement au dernier degré, que les enfants des familles les plus aisées et rares sont les jeunes filles qui accomplissent un cursus scolaire complet.   Chez les plus riches, les enfants restent à la maison où ils reçoivent l’enseignement d’un précepteur avant de rejoindre la classe du grammairien ou du rhéteur. Quant aux enfants des classes les plus modestes, ils se contentent probablement d’apprendre un métier dans le cadre familial ou chez un artisan. Les notions d’écriture ou de calcul se réduisent alors peut-être à celles qu’il est indispensable de maîtriser pour l’exercice du métier choisi. A la chute de l'empire romain, c’est l'Eglise qui prend alors en charge l’enseignement : les écoles antiques se transforment en écoles catholiques.

Au Moyen – Âge (IV S au XVe Siècle), on ne se soucie pas de créer des écoles pour les serfs ou les paysans, pas plus qu'on n'en organisait dans l'antiquité pour les esclaves. Les enfants n’apprennent  pas tous à lire et à écrire, beaucoup d’enfants de paysans doivent  aider leurs parents dans leur travail.  Mais, il faut  recruter pour l'Eglise les clercs capables de prêcher la religion et d'administrer les affaires religieuses. De là le souci d'étendre le bénéfice de la culture autour des évêchés et des cloîtres à tous les enfants, pauvres ou riches, qui en sont  capables. De là, l'extension des écoles monastiques, puis des écoles des évêques. Les premières peuvent  donner gratuitement l'instruction, les secondes font  payer les riches et entretiennent  gratuitement les enfants du peuple, des dons subviennent aux besoins des plus pauvres. Les enfants des monastères sont  pensionnaires : ils sont  confiés aux moines pour quelques années, le temps de savoir bien lire, compter, chanter et réciter les prières. Les parents donnent aux religieux de l’argent et parfois des terres pour qu’ils prennent bien soin de leur enfant et se chargent de son instruction.

.En 789, Charlemagne   fait obligation aux moines de donner une instruction religieuse aux petits enfants. On ne peut donc pas dire réellement que Charlemagne a inventé l’école, mais il a, seulement, mis en œuvre les prémices de ce qui allait devenir la grande affaire de la nation quelques siècles plus tard. Charlemagne  encourage la création d’écoles en dehors des monastères, il souhaite qu’un plus grand nombre d’enfants puisse apprendre à lire, à écrire, à compter et à réciter des prières. Charlemagne veut des fonctionnaires instruits. Il apprend lui-même à lire et à écrire. Autodidacte, féru de poésie latine  et lisant le grec il étudie la langue germaine et fait éditer une grammaire.

 Vers la fin du Moyen- Âge, on peut parler d’une naissance de la scolarisation par l’instauration des « petites écoles » où on apprend à lire, à écrire et à compter en langue vernaculaire : (langue propre à un pays ou à une population). Ce sont des « régents » qui enseignent malgré l’interdiction de l’église. Ces petites écoles ne se  développent  qu’à partir des XIe - XIIe siècles, et surtout dans les villes, en principe l’enseignement y est  gratuit. En  1357, un édit interdit aux maîtres d’enseigner aux filles et aux maîtresses d’enseigner aux garçons.               

A la renaissance (du début du XIVe siècle à la fin du XVIe siècle) les petites  écoles sont rurales, elles sont  créées sur l'initiative de l'assemblée des habitants ou grâce à des bienfaiteurs qui peuvent être un évêques ou un particulier qui donne de l'argent. Elles sont  plus nombreuses dans le nord que dans le sud dela France. Les maîtres sont recrutés par les habitants ou le curé. Ils doivent montrer un certificat de catholicité,  faire la preuve qu'ils savent lire et écrire, compter, faire chanter. Il doit entre autre faire chanter à la messe ! Les classes durent dix mois par an. On y apprend la lecture, l'écriture, le calcul, le chant.  Les élèves sont répartis par   petits groupes de niveau, le maître enseigne un groupe pendant que les autres travaillent. Les filles et les garçons sont séparés.  Si on peut, on engage une maîtresse pour les filles. L'enseignement est gratuit pour les familles pauvres. Les parents aisés paient selon leurs revenus.

Il y alors comme deux « France » au XVIIe siècle. Le nord où 2/3 des hommes et 1/5 des femmes savent signer et le sud et la Bretagne où 15% seulement savent lire et écrire. Ce retard du sud ne sera comblé qu’au XVIIIe siècle. Le XVIIe siècle voit la naissance d’actes et d’institutions importants. En 1695, c’est l’édit royal pour la généralisation de l’enseignement primaire et en 1698, une déclaration royale prescrit la mise en place d’une école par paroisse. C’est une ordonnance de Louis XIV du 13 décembre 1688 qui fait obligation aux écoles de scolariser tous les jeunes garçons jusqu’à l’âge de 14 ans, et plus particulièrement ceux dont les parents ont choisi la religion réformée, dans les écoles paroissiales. Le maître en est le curé ou le régent placé sous son autorité. Le régent n’est embauché par la communauté paroissiale qu’avec l’accord de l’évêque, qui n’accorde les "lettres de régence" "qu’après enquête sur la moralité" du postulant et sur contrôle de ses connaissances religieuses. Les familles doivent payer au régent un droit "d’écolage" et ces écoles ne transmettent que les connaissances élémentaires : catéchisme, lecture, écriture, bases du calcul. L’école est donc vue comme une politique de l’Etat pour éradiquer une religion. Les protestants réagiront à cela en créant en Cévennes : « les écoles du désert » au fond des bois : d’où l’expression « faire l’école buissonnière ».

L'ordre est renouvelépar Louis XIV en 1724. Un peu partout des écoles de villages ou de quartiers s'ouvrent. Cependant le taux d'alphabétisation reste faible. À la veille de la Révolution de 1789, seuls 47% des hommes et 27% des femmes savent signer le registre des mariages.

Dès le début de la Révolution, les grands principes qui sont toujours aujourd’hui à la base de notre système éducatif se dessinent sur les bancs de l’Assemblée : gratuité, laïcité, obligation. La gratuité est promue par Talleyrand, la laïcité a pour champion Condorcet, puis Romme Lepelletier plaide pour l’obligation. Mais il y a loin entre dire et faire : l’épuisement des caisses de l’État, le manque de salles de classe, leur insalubrité ou encore les réticences des familles pauvres pour lesquelles l’envoi d’un enfant à l’école représente un manque à gagner, mettent un frein à ces évolutions. Malgré l’importance accordée par la République aux instituteurs, ceux-ci vivent souvent dans une grande misère. Leur traitement demeure si bas que de nombreux instituteurs sont obligés d’effectuer un autre métier en parallèle. Bien qu’officiellement interdit, la pratique du double métier est tolérée en raison de la précarité reconnue du métier. Pour arrondir leur fin de mois, les instituteurs offrent leurs services aussi bien aux églises qu’aux communes. Sacristain, fossoyeur, secrétaire de mairie : voilà autant de métiers jumelés à celui d’instituteur. Il n’est pas rare qu’un instituteur soit également paysan, artisan,  parfois arpenteur - géomètre.

Napoléon 1er ne s'intéresse qu'à l'enseignement secondaire et à  l'enseignement supérieur. Cependant les congrégations religieuses spécialisées dans l'enseignement, qui ont été chassées pendant la Révolution, sont autorisées à revenir. Les Frères des écoles chrétiennes ouvrent de nombreuses écoles. C’est le 17 mars 1808, que la France est divisée en 29 académies, le primaire reste aux mains de l’église, le secondaire et le supérieur passent sous le contrôle de l’Etat. C’est aussi l’année de l’invention du baccalauréat.

Sous Louis XVIII, l'ordonnance élaborée le 29 février 1816, première charte de l'école primaire, demande aux communes de se doter d'une école et d'assurer l'instruction gratuite des enfants indigents. Pour exercer, il est exigé un brevet de capacité aux maîtres d'école et un certificat de bonne conduite du curé et du maire dela commune. Chaque école a pour surveillants spéciaux le curé ou desservant de la paroisse et le maire : l'église reprend son ancien pouvoir sur l'école. Ceci sera peu appliqué.

C’est avec la loi Guizot, du 28 juin 1833, sous le règne de Louis Philippe, que l’école s’instaure vraiment, la loi faisant obligation à chaque commune de plus de 500 habitants à ouvrir une école publique de garçons et aux chefs-lieux de départements une école normale d’instituteurs tout en créant les écoles primaires supérieures. En 1836, une nouvelle loi permet aux communes volontaires d'ouvrir une école publique de filles. Guizot « nationalise » les écoles primaires et les confie aux communes en excluant les paroisses : Guizot est un protestant, c’est sa revanche sur la révocation de l’Edit de Nantes.

La loi Falloux porte le nom du ministre de l'Instruction Publique, Alfred Falloux. Promulguée le 15 mars 1850, elle aborde tous les aspects de l'éducation, à l'exception du supérieur, mais est surtout connue par ses dispositions sur la liberté d'enseignement laissant une place ample à l'enseignement confessionnel. Elle complète la Loi Guizot, qui rendait obligatoire une école de garçons dans toute commune de 500 habitants, en rendant obligatoire également la création d'une école de filles dans toute commune de 800 habitants. Une bonne partie de la loi Falloux sera soit implicitement ou explicitement abrogée dans les années 1880. Une Loi du 9 Août 1870 dispose " qu’il y aura autant de classes qu’il y a de fois 80 élèves ". En 1867, la loi proposée par Victor Duruy, permet aux communes qui le désirent de financer l'école pour les pauvres. Le résultat de toutes ces mesures est spectaculaire : vers 1875, 78% des hommes et 66% des femmes savent signer le registre des mariages. Le plus gros de l'effort de scolarisation étant accompli, il reste à persuader les familles récalcitrantes (le plus souvent par manque de moyens financiers) d'envoyer leurs enfants à l'école.

En 1881, le républicain Jules Ferry, fait voter une loi établissant la gratuité de l'enseignement élémentaire public. L'école étant désormais gratuite on peut la rendre obligatoire. C'est l'objet d'une seconde loi Jules Ferry en 1882 la scolarité est alors fixée de 6 à 13 ans (quelquefois 12 pour les élèves les plus brillants qui peuvent passer le Certificat d'études primaires dès leur onzième année !). En 1889 les instituteurs deviennent fonctionnaires d’Etat.

En 1936, pendant le Front Populaire, la scolarité obligatoire est portée à 14 ans (loi Jean Zay). Déjà en 1911, 96% des 20-24 ans étaient alphabétisés. Désormais c'est sur le nombre de jours scolaires dans la semaine et l'année que va porter l'effort de scolarisation. Depuis Jules Ferry, en plus du repos du dimanche, un jour de la semaine le jeudi était laissé à la disposition des familles.

En 1969, le ministre de l’éducation Olivier Guichard fait passer la durée de cours hebdomadaire à 27 heures. En fermant les écoles  primaires le samedi après-midi.
En 1972, le jeudi cesse d’être la journée libérée, il est remplacé par le mercredi.
Par la suite, la possibilité a été donnée de reporter les cours du samedi matin au mercredi, afin de libérer deux jours consécutifs en fin de semaine.

En 1991, un décret signé de Lionel Jospin autorise les écoles à aménager leur temps scolaire, notamment en organisant la semaine sur quatre jours, à condition qu’elles respectent le volume annuel de 936 heures de cours

 En 2008, la réforme orchestrée par le ministre de l’éducation Xavier Darcos abaisse de 26 heures à 24 heures la durée hebdomadaire d’enseignement. Les cours du samedi sont totalement supprimés.
Le décret prévoit cependant la possibilité pour les écoles de répartir ce volume horaire sur neuf demi-journées, en programmant des cours le mercredi matin. Cette évolution s’accompagne de la mise en place de deux heures hebdomadaires d’aide personnalisée, en petits groupes. En théorie réservé aux élèves qui présentent des difficultés, ce soutien est apporté, suivant les établissements, avant ou après le début des cours, pendant la pause déjeuner, voire le mercredi matin.

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En 2009, avant d’inscrire leur enfant à l’école primaire, chaque parent trouve normal de l’envoyer à l’école maternelle, cette dernière n’existe en tant que telle que depuis 1848.

En France, les premiers lieux d'accueil des très jeunes enfants sont apparus dès la fin du XVIIIe siècle, un exemple l’"école de commençants" fondée par le pasteur Jean- Frédéric Oberlin en 1771. Les autres initiatives de l’époque avaient un rôle assez proche des garderies actuelles. L'école maternelle proprement dite s’est développée au début du XIXe siècle pour offrir aux enfants des ouvrières un lieu de protection, nommé à l’origine salle d'asile ou salle d'hospitalité. L’une des pionnières dans ce domaine fut Émilie Oberkampf, qui est à l’origine de l’ouverture de la première salle d'asile parisienne en 1828. Dès 1831, un "cours normal pour la formation des éducatrices" est créé et les salles d'asile évoluent vers une mission plus pédagogique. En 1836, elles passent sous la tutelle du ministère de l'Instruction publique.

Sous le Second Empire, les salles d'asile se développèrent grâce à l'action de Marie Pape-Carpantier, qui consacra tout sa vie à la création des écoles maternelles. Elle commença sa carrière en 1835, à l’âge de 19 ans, en tant que surveillante d’une salle d'asile dans la Sarthe, avant de devenir directrice de salle d’asile puis directrice de l'École normale maternelle à Paris en 1848. C’est en 1848 que les salles d’asile ont pris le nom d'école maternelle, cette appellation sera officialisée sous la Troisième République en 1881. Dès l'origine, les maternelles accueillaient garçons et filles et elles furent longtemps les seules écoles à pratiquer la mixité.

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Avant de conclure, quelques lignes sur l’enseignement primaire à Chanas.

On ne trouve guère d’archives sur l’enseignement à Chanas, mais en feuilletant les archives de la mairie Patrick Berthet a découvert :

En 1830  « le salaire de l’instituteur » apparaît dans le budget. Celui d’une institutrice apparaît un peu plus tard.

Découvert dans les registres paroissiaux, un acte de baptême du 12 janvier 1707, indiquant la présence audit baptême du sieur Debornan, maitre d’école de Chanas. Ceci étant la conséquence des Edits royaux de la fin du XVIIe siècle.

Avant la construction de l’ancienne école de garçons  (achevée en 1900) et celle de l’ancienne école des filles : Montée de Planissieux (achevée en 1902), l’école du villag  était située dans l’ancienne Mairie (Place de la Mairie) qui abritait alors : la Mairie, l’école et le logement de l’instituteur.  Juste après la guerre 39/45, il y avait deux classes et deux enseignantes : Mesdemoiselles Vial et Doncieux  à l’école des filles Montée de Planissieux. Peu après une troisième classe a été créée et  Madame Genthon est arrivée à Chanas. Avant qu’une nouvelle classe ne soit construite sous le préau, la classe de Mademoiselle Vial a été séparée en deux par une cloison et deux classes fonctionnaient donc  dans la même salle. Plus tard, dans les années 50, l’école maternelle a été  construite à côté l’école des filles tout près de l’église. A l’école des garçons M et Mme Thiervoz,  instituteurs, enseignaient aux garçons.

Actuellement les élèves du primaire sont tous regroupés dans l’école située rue Gaston Beyle.

Marie-Claude Sebelin fut l’élève de Mlles Doncieux et Vial et garde un excellent souvenir de ces deux enseignantes. C’est peut-être pour cette raison qu’elle-même fût institutrice durant sa vie active.

Documents consultés : Histoire de l’enseignement d’Eric Gillon - Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de  Ferdinand Buisson – Site Astérix – Wikipedia - Blog de Michel Fouchard - Internaute histoire – Arkéo Juniors : l’école au Moyen-âge- Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes dela France -  Site : Si la pédagogie m’était contée – Wapedia – Site assemblée Nationales (Lois).